Relique de la Croix du Christ à Bruxelles

Den nous a fait parvenir le texte qu'il a prononcé devant la relique de la Sainte-Croix, le samedi 13 septembre dernier.
Bonne lecture!



La Reliquaire Anglo-Saxonne de la Vraie Croix à la Cathédrale des Saints Michel et Gudule
Ce récit est composé d’extraits  et de résumés des sources suivantes :
Hiéromoine Macaire, « L’histoire de la Vraie Croix selon la tradition », Le Synaxaire, Vies des Saints de l’Église Orthodoxe, tome II (Monastère de Simonos Pétra, Mont Athos, 2008), pp. 125-127.
Anne van Ypersele de Strihou, Le Trésor de la Cathédrale des Saint Michel et Gudule à Bruxelles, (Bruxelles) pp. 33-44.
Simone d’Ardenne, « The Old English Inscription on the Brussels Cross », English Studies 21 :1-6 (1939 ), pp. 145-164.


Nous fêtons aujourd’hui l’universelle Exaltation de la Précieuse et Vivifiante Croix.
Selon la tradition, la sainte croix était faite de trois sortes de bois, accomplissant ainsi une prophétie d’Isaïe (60:13) “La gloire du Liban viendra chez toi, le cyprès, le pin et le cèdre tous ensemble, pour orner le lieu de mon sanctuaire, et je glorifierai le lieu où reposent mes pieds.”
Lors de la destruction de la ville de Jérusalem en l’an 70 par Vespasien et son fils Titus,  l’empereur Adrien, rebâtit les murailles de la ville et fit élever un temple païen dédié à Aphrodite sur  le lieu du Calvaire. Avec le temps,  le lieu où Jésus fut crucifié,  fut enseveli sous une colline.
Peu après la bataille du pont Milvius, le 28 Octobre 312, Saint Constantin le Grand s’apprêtait à marcher sur Rome pour s’opposer à son rival Maxence, qui commandait des légions bien plus nombreuses que les siennes. Il vit alors dans le ciel une croix lumineuse, entourée de l’inscription:  « ἐν τούτῳ νίκα »- « In hoc signo vinces » – « par ce signe, tu vaincras ». Bien qu’ encore païen, il fit immédiatement orner ses étendards du signe de la Croix, et remporta une brillante victoire.
Vers 326 la mère de Constantin, Hélène, déjà fort âgée , entreprit un pèlerinage à Jérusalem avec l’espoir d’y retrouver la vraie Croix. Parvenue à Jérusalem, Sainte Hélène s’adressa à l’évêque Saint Macaire, et grâce aux informations fournies par un juif des régions orientales tenait de ses pères, on retrouva la grotte de la Résurrection. Sur ordre de l’empereur, le lieu fut déblayé, et l’on découvrit près de là, trois croix, et un écriteau rédigé en hébreu, en grec et en latin, portant ces mots: « Jésus de Nazareth, le Roi des Juifs ». Ainsi, que les trois clous qui avaient fixé sur la Croix le corps vivifiant du Sauveur.  La Croix du Christ guérit une femme mourante, ce qui  permit à l’évêque Saint Macaire de  la distinguer parmi les deux autres croix des larrons, qui n’opéraient aucun miracle. L’impératrice et toute sa cour se prosternèrent devant la sainte Croix et la baisèrent. Puis le saint évêque monta sur l’ambon et prit la Croix à deux mains et l’éleva bien haut à la vue  de tous, tandis que la foule s’écriait « Kyrie Eleison ! ».
En 631, le même geste fut répété solennellement par le patriarche saint Zacharie à la suite de la victoire de l’empereur Héraclius sur les Perses, qui avaient dérobé la sainte Croix lors de leur pillage de la ville sainte. Depuis cette date, on  procéda dans toutes les églises à l’exaltation solennelle de la précieuse Croix.  Auparavant symbole de honte et de condamnation, elle devint  signe de gloire divine du Christ, victoire manifeste sur les ennemis et sur la mort.
Les historiens estiment que le morceau de la Vraie Croix contenue dans ce staurothèque (ou reliquaire) a été offert par le Pape Marin à Alfred, Roi du Wessex, en 883. Le roi Alfred, un pieux Chrétien, avait composé une préface à la traduction en vieil Anglais des Dialogues de Saint Grégoire le Grand, pape de Rome, qui peut expliquer le cadeau du successeur du pape au roi Anglo- Saxon.
Cette relique serait restée dans la possession de la famille Royale Anglo-Saxonne jusqu’à la fin du 10ème siècle. Au commencement du 11ème siècle, la relique passa dans une branche de la famille royale à deux nobles frères Aethelmaer et Adelwold qui commissionnèrent une reliquaire en bois et argent pour contenir le morceau de la vraie Croix reçu de leur ancêtre Alfred. Ils ont dédié cette  oeuvre à la gloire du Christ et pour commémorer l’âme de leur frère défunt Aelfric. L’artisan Anglo-Saxon qui la façonna s’appelait Drahmal et grava son nom sur la partie postérieure  transversale de la Croix, en vieil Anglais, DRAHMAL ME WORTHE qui signifie: DRAHMAL m’a faite.
 Il inscrivit la dédicace des deux frères de noble lignée  sur la traverse antérieure. Ce reliquaire fait au début du 11ème siècle avait la forme d’une croix découpée à la manière irlandaise.
Cette croix fut par la suite offerte à l’abbaye de Westminster à Londres. Plus tard, après la conquête Normande d’Angleterre en 1066, elle aurait été emportée par des soldats flamands cantonnés en Angleterre qui l’auraient ramenée dans le diocèse d’Utrecht à Dodewaard. En 1315, elle fut transférée à la collégiale Sainte Walburge d’Arnhem. Puis en 1542 elle fut transférée dans l’abbaye de Steinfeld pour être protégée contre les destructions des Calvinistes par les moines Prémontrés. Puis, en 1617, retransférée à Bruxelles sur l’ordre des archiducs Albert et Isabelle. L’archiduchesse Isabelle en 1650 la légua à la Collégiale des Saint Michel et Gudule . La croix fut vénérée par le Czar Pierre le Grand à Bruxelles en 1717. En mars 1793 pendant la terreur les sans-culottes volèrent la croix de Drahmal et la dépouillèrent de la feuille d’argent et des gemmes de sa face antérieure .Mais  elle fut restituée par le général Dumouriez quelques mois plus tard. En 1890 un gantois, Prof Logeman réalisa une traduction du texte Anglo- Saxon, et le reliquaire fut ensuite étudié par Simonne d’Ardenne, une étudiante du Professeur J.R.R. Tolkien.

Sur cette croix est gravée un poème en vieil Anglais, datant du 11ème siècle – ROD IS MIN NAME – GEO IK RICNE CYNING BAER, BYFIGINDE, BLODE BESTEMED “Croix est mon nom; autrefois un Roi puissant je portais; tremblante, de sang humectée.” Cette inscription provient d’un des plus célèbres poèmes Anglo-Saxons intitulé, The Dream of the Rood. Cette croix est à la fois symbole de l’arbre de vie, de la passion et supplice du Christ, et de la victoire de sa Résurrection. Au dos de la Croix les symboles des quatre évangélistes se trouvent placés à chaque branche de la Croix. Au centre se trouve l’Agnus Dei qui enlève les pêchés du monde, portant une croix grecque et le Livre de Vie.